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Les élucubrations du juge Baltazar
Tuesday 4 December 2007
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13 Marocains sont cités à comparaître par le juge espagnol Balthazar Garzon pour leur implication dans un prétendu génocide au Sahara. L’un des accusés, Yassine Mansouri, avait douze ans à l’époque.

Une fois la tempête médiatique calmée, Mohamed Yassine Mansouri abandonnera-t-il la plainte à l’encontre des plaignants qui l’accusent d’être l’un des commanditaires d’un prétendu génocide au Sahara entre 1976 et 1986? Connaissant l’intransigeance de l’homme, rien n’est moins sûr. «Mon nom a été cité et un tel préjudice, qui vise à porter atteinte à mon honneur et à salir ma personne, ne peut être passé sous silence et doit être aujourd’hui dénoncé... »

L’avertissement du patron du renseignement marocain, qui était alors en visite de travail à Madrid dans le cadre de la coopération anti-terroriste, doit encore résonner dans les oreilles du très médiatique juge madrilène Baltazar Garzon. A l’heure qu’il est, celui-ci doit certainement s’en mordre les doigts. Il faut dire que la convocation du patron de la DGED au milieu de 13 autres hauts responsables marocains s’apparentait véritablement à une mauvaise farce.

«Il est heureux que la justice espagnole se soit finalement aperçue que la plainte en question concernait l’enfant âgé d’une douzaine d’années que j’étais dans les années 1970», a déclaré Yassine Mansouri à l’AFP.

Une réaction humaine avant tout d’un homme sortant rarement de sa réserve et de sa discrétion. Une réaction de professionnel également. Cette affaire touche au dossier complexe du Sahara, que l’actuel patron de la DGED, et ancien Wali et directeur général des Affaires intérieures, maîtrise parfaitement.

De plus, en fin connaisseur des arcanes du monde de la communication, pour avoir dirigé l’agence de presse MAP de 1999 à 2003, Yassine Mansouri sait le poids et l’impact médiatico-politique d’une telle information.

Il faut dire que, plusieurs jours après son éclatement, cette affaire continue à soulever bien des interrogations. Elle aurait probablement eu l’effet d’un pétard mouillé si ce n’étaient les circonstances dans lesquelles elle est intervenue, mais aussi les auteurs de sa révélation.

Baltazar Garzon, magistrat instructeur de l’Audience nationale décide soudainement, le 30 octobre 2007, au moment où le Prince héritier espagnol Felipe de Bourbon se trouvait en visite officielle au Maroc, d’ouvrir une enquête judiciaire relative à une plainte déposée le 14 septembre 2006 par un collectif d’associations de droits de l’Homme établies en Espagne contre 32 hauts responsables de la sécurité et de l’armée marocaines. Et ce pour la disparition présumée de 500 Sahraouis entre 1976 et 1987 au Sahara, en plus d’allégations de torture, de séquestrations, d’enlèvements, d’assassinats à l’encontre d’indépendantistes sahraouis et d’exil forcé de 40.000 Sahraouis.

Sur trente-deux personnes accusées initialement par les plaignants, le juge d’instruction en retient treize, dont le défunt ministre de l’Intérieur Driss Basri, le commandant de la Gendarmerie royale, le général Housni Benslimane, l’ancien directeur de la Sûreté nationale, Hafid Benhachem, l’ancien patron de la DST, Abdelaziz Allabouch, en plus d’autres officiers de l’armée, de la police, de la gendarmerie et des renseignements. Rien de moins. Baltazar Garzon épargne l’inspecteur général des Forces auxiliaires, Hamidou Laânigri, et retire in fine Yassine Mansouri. Puisque ce dernier était étudiant à l’époque et que Hamidou Lâanigri se trouvait aux Emirats Arabes Unis au moment des faits.

Difficile de se convaincre qu’un magistrat de la trempe du juge madrilène a été victime d’une simple étourderie. D’autant plus qu’à ce jour le sérieux, la rigueur, la compétence, le discernement et la perspicacité de Garzon, âgé de 52 ans, n’ont jamais été mis en doute. Peut-être bien que ce dernier n’a pas pris la peine de s’assurer de la solidité du dossier parce qu’il a agi dans la précipitation. Car on le pressait de part et d’autres.

Pour d’autres analystes, toutes ces coïncidences sont en effet loin d’être fortuites et trahissent le manque d’indépendance de la justice ibérique par rapport aux autres pouvoirs législatif et exécutif.

Si c’est vraiment le cas, quels étaient donc les profonds et réels desseins de l’Espagne? D’aucuns disent que cette affaire “humaniste” aux allures d’ouragan dans un verre d’eau était destinée à faire quelque peu infléchir la balance de l’ONU du côté des indépendantistes et ce à l’aube du 3ème round de négociations, prévu en décembre 2007 à Genève, entre le Maroc et le Front Polisario.

Ou encore un moyen pour le gouvernement socialiste au pouvoir de se rallier un pan de l’électorat de droite, nostalgique d’une ère coloniale révolue, à la veille des élections législatives espagnoles. Une hypothèse confortée, quelques jours plus tard, par la visite du roi Juan Carlos dans les présides de Sebta et Mellilia. L’Espagne chercherait-elle à signifier au Maroc qu’il restera à jamais dans une position subalterne d’ex-colonie? Et que l’alternative d’un retour ibérique en force, du moins sur le plan économique, par le truchement d’une hypothétique RASD, et partant de l’Algérie, est toujours possible?

Dans la même optique, certains journaux ont fait remonter à la surface le passé politique récent de Baltazar Garzon. Rappelant notamment la façon dont il a retourné sa veste de militant d’extrême-gauche après un passage «bref et frustrant» au sein du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE) dans lequel il s’était engagé pour combattre la corruption. Nommé en 1993, par Felipe Gonzalez, chef national du plan de lutte contre la drogue, il démissionnera le 10 mai 1994, justifiant sa décision, entre autres, par le manque de volonté du gouvernement socialiste de lutter contre la corruption. Certains de ses détracteurs le qualifieront alors de cheval de Troie mandaté par le Parti Populaire de José Maria Aznar, victorieux par ailleurs aux élections suivantes.

Mais, au-delà de son habillage politique visible, certains observateurs ont vu dans cette affaire une volonté du lobby des affaires ibériques de faire pression sur le Maroc afin que celui-ci fasse montre de plus de générosité à l’égard des investisseurs espagnols.

Les Espagnols, second partenaire économique et commercial du Maroc, n’auraient ainsi pas apprécié que le Maroc signe, lors de la visite de Sarkozy, une avalanche de contrats avec la France, dont celui du TGV, qui leur tenait vraisemblablement à cœur. L’Espagne et la France s’affronteraient-elles par “Petit Maroc” interposé? Quoi qu’il en soit, une chose est sure: cette affaire est loin d’avoir livré tous ses secrets et bien des zones d’ombre demeurent.

Baltazar Garzon, lui, contre vents et marées, a décidé par le biais d’une commission rogatoire, de transmettre la plainte aux personnes concernées. Le feuilleton ne fait que commencer.

 

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